Bonjour,
J’ai écouté votre vidéo sur la Métaphysique des sexes, que je découvre.
Je comprends qu’Evola développe une conception anthropologique de la femme comme principe de puissance et l’homme d’action. Il leur redonne une force dans la complémentarité. Mais finalement, cette complémentarité reste, à mes yeux, asymétrique.
L’homme garde son centre (et donc son autonomie) en lui-même. Mais pas la femme, qui voit son centre se déplacer dans l’autre.
Pour Evola, être centré signifie posséder en soi le principe qui donne forme et direction à son existence. Il voit l'homme accompli comme intérieurement stable, qui se détermine à partir de lui-même et demeure lui-même dans la relation.
L’asymétrie apparaît pour la femme. Pour elle, la structure serait différente. Elle serait davantage puissance que principe de détermination. Sa capacité propre serait de recevoir, d'accueillir et d'actualiser profondément ce avec quoi elle entre en relation. Dès lors, dans la relation érotique accomplie, son centre tend à se déplacer vers l'homme auquel elle se donne.
On obtient :
Masculin : « Je demeure mon centre et, depuis ce centre, je vais vers l'autre. »
Féminin : « Je m'ouvre à l'autre jusqu'à pouvoir faire de lui le centre autour duquel je m'accomplis. »
L’autonomie ontologique n’est pas égale.
Je n’adhère pas à cette conception d’Evola.
Pour ma part, je soutiens que la femme accueille l'autre depuis son propre centre et ne transfère pas celui-ci dans l'homme.
Evola a de quoi séduire car il réenchante le monde.
Avec lui, le réel visible n’est pas épuisé par sa réalité matérielle. Les choses, les gestes, les différences humaines peuvent être les manifestations d’un ordre métaphysique supérieur. La différence des sexes n’est pas seulement biologique : elle manifeste une polarité cosmique.
Il propose de retrouver un monde vertical, symbolique et chargé de sens, sans demander nécessairement l’adhésion au christianisme.
En parlant du christianisme, si on regarde de ce côté, on peut y trouver la pensée de Jean-Paul II dans sa théologie du corps :
« Homme et femme Il les créa - Une spiritualité du corps » Éd. du Cerf 2004.
Chez lui aussi, le monde visible signifie davantage que lui-même.
Là aussi, l’homme et la femme sont différenciés.
Mais sans cette asymétrie.
On a davantage une unité, deux êtres qui disposent, de manière égale, de la capacité d’action, de don, de réceptivité, d’autonomie, de transcendance, mais dont ces capacités s’expriment différemment.
Ainsi, la femme demeure centrée en elle-même comme personne, elle n'accomplit donc pas sa féminité en déplaçant son centre vers l'homme.
Ce que le christianisme introduit en revanche, c’est qu’aussi bien pour l’homme que pour la femme, leur centre ultime est en Dieu.
Pour Jean-Paul II, être masculin n'est pas principalement posséder une série de qualités psychologiques — autorité, force, rationalité, activité, etc (qu’Evola fait découler d’un principe métaphysique). Il raisonne davantage à partir de la Relation.
Chez Jean-Paul II, être homme se comprend d’abord en relation avec la féminité : Adam découvre pleinement sa propre identité devant Ève, à la fois semblable à lui comme personne et sexuellement différente. Son corps masculin possède une signification sponsale, fait pour pouvoir se donner à l’autre, et non pour le posséder. Ce don est réciproque puisque l’homme est lui-même appelé à accueillir le don de la femme tout en se donnant à elle ; contrairement à Evola, réceptivité et don ne sont donc pas exclusivement féminins. Enfin, pour Jean-Paul II, cette différence trouve une expression particulière dans la paternité, qui constitue une forme spécifiquement masculine de générativité : l’homme devient père d’une manière corporellement et relationnellement distincte de la maternité.
Le modèle de Jean-Paul II présente néanmoins une difficulté : il faut en accepter la prémisse théologique. L’expression de la différence des sexes découle d’une réalité divine, une réalité de création et de relation.
J’aime assez bien cette idée de création.
Avoir la liberté de créer une façon personnelle de se donner et d’entrer en relation.
C’est là que je m’éloigne d’Evola. Non dans l’idée que la différence des corps puisse être porteuse de sens, mais dans cette volonté de définir si précisément ce que seraient, par essence, le masculin et le féminin.
Je suis plus sensible à l’idée, présente chez Jean-Paul II, que chacun demeure pleinement son propre centre dans la relation : se donner à l’autre sans pour autant se déposséder de soi.
Et j’aime la part de liberté que cela laisse ouverte. Que le masculin et le féminin puissent être porteurs de sens ne suppose pas, à mes yeux, que tout soit défini d’avance. Je pense au contraire que nous avons une liberté à découvrir tout cela par nous-même et à l'exprimer, voire à le renouveler.
Je tiens à cette puissance de création. Je ne voudrais pas gagner du sens en perdant cette liberté en chemin.